À Transpolis, l'EPSA aborde la dernière étape de sa saison Osiriz

Formation
Publié le 03 Sep. 2026
Le 27 août, sur le paddock de Transpolis, l'EPSA présentait Osiriz, sa nouvelle voiture 100 % électrique, pour la dernière étape de sa saison au Formula Student France 2026. Avant de rouler, il fallait d'abord passer les scrutineerings.

Le pari

Sur les deux générations précédentes, l'EPSA partait d'un châssis hérité du thermique, dans lequel elle logeait un monomoteur électrique et une batterie contrainte par l'espace restant. Cette année, l'équipe a inversé la méthode. « On est reparti vraiment du cœur du groupe motopropulseur, avec un bimoteur arrière et un espace central pour la batterie, et on a construit le châssis autour, explique Jérôme Delachanal, qui coordonne le programme FS@ECL. On rentre la batterie par l'arrière, alors que sur les véhicules précédents, il fallait la rentrer par le dessous, ce qui obligeait à lever la voiture. » L'enveloppe de la batterie, en composite carbone nid d'abeille, et ses cartes électroniques de gestion (BMS) ont aussi été retravaillées.

Osiriz, présentée sur le campus le 20 mai, est ainsi la troisième génération électrique de l'écurie, après Valkyriz (2023, première voiture électrique) et Artemiz (2025, premier véhicule fonctionnel). En chiffres : 230 kilos, 110 chevaux, moteurs intégrés dans les roues, 8 % de masse en moins sur le châssis que sa précédente.

Ce que ça coûte

La construire, c'est organiser 34 étudiants, contre une quarantaine habituellement, en trois pôles techniques (mécanique, électronique, batterie), plus communication et finance, sous la supervision d'un comité technique opérationnel de cinq encadrants pour deux équivalents temps plein, coordonné par Jérôme Delachanal aux côtés de Sylvie Milleret, Bertrand Houx et Pierre-Louis Jaeger. Le budget de la saison, entre 140 000 et 145 000 euros, associe un financement historique de l'école à un soutien lié à REMED, programme porté par Centrale Lyon, l'INSA Lyon et l'université Claude Bernard Lyon 1, et à France 2030. Ce soutien passe aussi par les industriels, dont TotalEnergies, principal sponsor de l'écurie depuis plus de dix-sept ans.

Jérôme Delachanal resitue ce budget : les écuries qui revendiquent la performance en Formula Student tournent avec 400 000 à un million d'euros par saison, l'EPSA n'atteint donc pas la moitié du budget d'une écurie moyenne. À l'inverse, la plupart des écuries associatives françaises n'ont ni le soutien financier d'un établissement, ni de personnel dédié rémunéré, dont l'EPSA bénéficie. Face aux écuries allemandes ou suisses, l'écart tient autant au budget qu'à la taille des établissements et à une culture du Formula Student et du sport automobile plus ancrée. Un autre élève de l'équipe le confirme à sa manière : les écoles allemandes de ce type sont souvent adossées à des constructeurs, avec bancs d'essai et sponsors dédiés, une proximité industrielle que les grandes écoles françaises généralistes n'ont pas au même degré.

Cette saison, l'écurie a participé à deux compétitions Formula Student, en Espagne et en France. Transpolis en est la dernière étape. Et comme partout, elle commence par les scrutineerings : une série de contrôles mécaniques, électroniques et batterie, suivis de tests de freinage, d'étanchéité et de stabilité en inclinaison, qui conditionnent le droit de prendre le départ des épreuves dynamiques.

On a eu de très bons retours en scrutineering, notamment le scrut méca qui a été validé à l'exception de la partie batterie.

Jérôme Delachanal

Le verdict

« On a eu de très bons retours en scrutineering, notamment le scrut méca qui a été validé à l'exception de la partie batterie, raconte Jérôme Delachanal. On avait présenté des choses qui ont été très appréciées, même si on n'a pas le fonctionnement complet. »

Le verdict tombe en fin de journée : la voiture n'obtient pas le feu vert pour les épreuves dynamiques. Dans son bilan officiel, l'écurie précisera la cause exacte : une non-conformité identifiée sur le chargeur de la batterie, la batterie elle-même n'ayant révélé aucun défaut. Il ne manquait que quelques points au règlement.

« On a fait face cette année à une accumulation de petits détails, qui pris indépendamment n'ont rien de rédhibitoire, mais la somme fait qu'on ne peut pas tout corriger avant la fin de la compétition, résume Jérôme Delachanal. Pour cette année, on ne pourra pas participer aux épreuves dynamiques. »

Une déception nette pour l'équipe, dont plusieurs élèves espéraient encore rouler au moment de leur interview, avant l'annonce définitive. Mais le coordinateur du programme la met en perspective : « Il y a de la déception, tout le monde avait envie de rouler, mais il y a énormément de positif. Cette année, l'écurie a réappris des compétences qui s'étaient perdues les années passées. » Les juges, eux, ont salué une nette progression aux épreuves statiques par rapport à l'année précédente.

Bilan et défi pour la suite

Repartir du groupe motopropulseur pour construire une voiture entière, c'est reconstruire un savoir-faire que l'équipe n'avait plus. Un élève de l'EPSA le formule ainsi : « L'objectif de cette voiture, c'était de faire une base solide et saine, pour pouvoir refaire l'année prochaine une voiture semblable et commencer à faire de la performance en compétition. » À Transpolis, dernière étape de la saison, Osiriz n'aura pas roulé en dynamique. Mais l'équipe a déjà identifié ce qu'il faut corriger, en priorité sur le circuit de charge, et plusieurs architectures pour la prochaine voiture sont déjà à l'étude, avec un objectif clair : la terminer dès avril ou mai pour dégager, pour la première fois, du temps de roulage réel et travailler l'exploitation des données de la voiture pour affiner les commandes électroniques.

Pour Jérôme Delachanal, l'enjeu dépasse la compétition : « On a des élèves qui sont bien formés, qui bénéficient d'enseignements généralistes de qualité. Et pouvoir transformer ça en un objet que tout le monde va pouvoir observer, qui soit performant et de qualité, c'est aussi ça, représenter l'école. » Un ancrage institutionnel que l'on retrouve au sein du Formula Student France, co-créé en 2023 par Mathieu Jacquet, diplômé de Centrale Lyon 2018 et ancien président de l'EPSA, engagé en 2021 avec Invictus, le véhicule thermique de l'écurie qui a établi un record d'accélération à Hockenheim.

« Ça montre que j'ai envie d'être dans un métier où j'apprends beaucoup, où je touche un peu à tout », résume un élève de l'équipe. À Centrale Lyon, l'EPSA reste ce format rare où des élèves-ingénieurs pilotent, du financement jusqu'à la piste, un objet technique complet, sur plusieurs générations. Osiriz n'a pas roulé à Transpolis. La voiture suivante, elle, se dessine déjà.