Un vœu compte double : Centrale Lyon et le double cursus architecture
Peux-tu nous présenter ton parcours jusqu’au cursus ingénieur ?
J'ai toujours aimé les sciences, mais j'avais aussi un côté créatif dont je ne savais pas trop quoi faire donc j’ai misé sur les sciences. La prépa s'est imposée comme une évidence, j'ai fait une prépa PC car les matières me semblaient plus équilibrées. La première année a été très dure. Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Les remarques de certains et la pression n’ont pas aidé. Cela a installé des barrières personnelles, je ne me sentais pas à la hauteur. Psychologiquement, la deuxième année n'allait pas très bien, j'ai classé mes écoles un peu n'importe comment et je n’ai pas eu une école qui me plaisait vraiment. Là, j’ai eu le déclic ! J'ai cubé pour recommencer cette deuxième année et je me suis éloignée du système entre guillemets…J'ai travaillé toutes les matières à ma façon et sans pression.
Qu’est ce qui a orienté ton choix pour Centrale Lyon ?
A l’issue des concours, je savais que le choix se ferait entre Centrale Lyon et l'ENSTA Paris. Comme je suis issue de région parisienne, j'étais naturellement attirée par Paris. Mais quand j'ai vu le double cursus ingénieur-architecte à Centrale Lyon en partenariat avec l'ENSA Lyon, ça a tout changé. Je pouvais donner sens à mon côté créatif. Je savais que si je classais l’ENSTA Paris avant Centrale, cette option disparaîtrait. J'ai fait des recherches approfondies et j'ai misé sur Lyon, sans regret.
Comment se passe la sélection du double cursus ingénieur-architecte et quel est le rythme ?
À l'admission, on reçoit une phrase créée par le responsable du parcours, une phrase volontairement absurde et on a carte blanche pour y répondre : BD, sculpture, texte, dessin... L'essentiel, c'est de montrer qu'on est capable de sortir du cadre ingénieur. Ça m'a fait un bien fou de me remettre à quelque chose de créatif après trois ans de prépa. Une fois entrée, la présélection se poursuit avec des textes et des dessins à rendre chaque semaine sur des thèmes très libres, c'est poétique, ouvert, stimulant. On était six de Centrale Lyon, on s'est rapidement soudés, et les quatre qui sont allés au bout ont tous été admis. Ensuite, on forme une classe à part au sein de l'ENSA Lyon avec des séances le jeudi après-midi mélangées à d’autres élèves en double-diplôme en provenance de l’INSA Lyon et l’ENTPE. On apprend directement par le projet et en autonomie. Dès la première année on rend les plans d'une maison individuelle : c'est exigeant mais c'est aussi ce qui rend le cursus unique.
L'envie de manager et le triplé gagnant
Tu deviens présidente du BDE en seconde année, qu’est ce que ça t’a apporté ?
J'ai été présidente du BDE en deuxième année et j'ai aimé ça d'une façon que je n'avais pas anticipée : manager une équipe, fédérer des gens, créer quelque chose ensemble. C'était une vraie révélation ! Puis lors de mon stage en bureau d'études façade, j'ai réalisé que passer mes journées derrière un ordinateur sans interaction, ce n'était pas ce que je voulais. J'ai vu passer le double diplôme avec emlyon et je me suis dit que c'était là que j'avais envie d'aller professionnellement. Ma tutrice me dit : « Il faut choisir, vous ne pouvez pas tout faire. » Et elle avait raison sur le papier. À ce stade, j'étais prête à arrêter l'archi à la fin de la deuxième année.
Et finalement tu n'as pas eu à choisir ?
C'est là que le hasard a joué. J'ai été admise au double cursus avec l’emlyon mais la désinscription à l'école d'architecture n’avait pas été faite. J’ai reçu les deux emplois du temps et je me suis rendue compte que c’était compatible. J'ai demandé à l’administration si je pouvais continuer le cursus en architecture en parallèle de ma première année de master à l’emlyon et cette demande a été acceptée. Je ne l'avais pas planifié, mais j'ai saisi l'opportunité.
Comment se passe le double-cursus à emlyon ?
C'est très différent de l'archi, mais finalement assez proche de Centrale Lyon dans la méthode : cours magistraux, TD, projets en groupe. Ce qui m'a vraiment marquée, c'est l'approche terrain : on est poussés à aller interroger des acteurs réels, identifier de vrais besoins avant de créer quoi que ce soit. On couvre la finance, le management stratégique, la RSE, la création d'entreprise... En deuxième année j'ai fait une alternance chez Egis en développement commercial, ce qui m'a permis de confirmer que le management dans un contexte professionnel réel, c'était bien là que j'avais envie d'être.
Trois diplômes, un projet unique
Comment ces trois cursus se rencontrent dans ton parcours et tes projets ?
Pendant le master 2 à emlyon, j'avais à rendre un projet de fin d'études et j'avais depuis un moment l'idée un peu folle d'un hôtel participatif dans lequel les salariés seraient des personnes sans domicile, elles-mêmes logées dans l'établissement. En travaillant sur ce projet, j'ai rencontré un alumni de l'école d'architecture qui m'a dit : « Tu as fait l'étude business, c'est bien. Mais maintenant il faut concevoir le bâtiment. Il te reste deux ans de master pour aller au bout du diplôme d’architecte, ce sont les deux meilleures années. Continue. »
Es-tu diplômée des trois cursus ? Où en es-tu aujourd’hui ?
Aujourd'hui je suis diplômée de Centrale Lyon et de l’emlyon. Je poursuis l’architecture en master 1 à l'ENSA Lyon et je travaille à mi-temps dans une boîte de conseil en ville intelligente. C'est mon triple bagage ingénieur-archi-commerce qui m'a valu ce poste. Que je poursuive le projet d’hôtel participatif ou non je me rends compte que les trois cursus sont tout à fait compatibles et surtout utiles !
Avec le recul, un conseil pour ceux qui voudraient se lancer dans un double ou triple cursus ?
En prépa, on absorbe une grande quantité de travail cela aide à se projeter sur des emplois du temps chargés et quand ce qu'on fait nous plaît vraiment, la charge devient différente. J'ai fait beaucoup d'associatif en parallèle de mes études et je n'ai jamais eu l'impression de ne faire que travailler. Selon moi, il faut être stratégique sur les domaines où l’on met son énergie, il faut accepter de ne pas tout aborder avec la même intensité. Et puis, il faut se faire confiance et aller au bout de ses envies : à l'époque je ne voyais pas comment tout cela allait s'assembler mais j’avais une réelle envie de suivre ce qui me paraissait cohérent sur le moment. Aujourd'hui, les trois font vraiment sens !