Des tables rondes pour éclairer les transitions
Grâce à un riche programme de 4 tables rondes thématiques et 25 intervenants, l'événement a fait se rencontrer des acteurs du monde académique, industriel et institutionnel de la région.
Les échanges ont couvert deux grands axes. D'un côté, les enjeux de ressources : la trajectoire vers la neutralité carbone et les arbitrages qu'elle implique concrètement pour les entreprises, ainsi que les tensions croissantes sur les ressources en eau dans le territoire Auvergne-Rhône-Alpes. De l'autre, les questions éthiques : les responsabilités des ingénieurs face à l'intelligence artificielle, et les leviers concrets pour faire avancer la RSE au sein des organisations.
Les différentes interventions ont souligné la nécessité de dépasser une approche strictement technologique pour intégrer des dimensions économiques, sociales et politiques. Des pistes d'action concrètes ont émergé : intégrer les contraintes environnementales dès la conception des projets, renforcer les coopérations entre acteurs publics et privés, arbitrer entre sobriété, performance et acceptabilité, ou encore ancrer les projets dans les réalités territoriales.
Une question revenait sous des formes différentes tout au long de la journée : jusqu'où l'ingénieur est-il responsable des effets de ce qu'il conçoit ?
Faire évoluer la formation des ingénieurs
Les échanges de la journée ont mis en évidence l'évolution nécessaire des formations d'ingénieurs. Face à la complexité des enjeux contemporains, l'ingénieur ne peut plus être uniquement un expert technique : il devient un acteur de transformation. Former des ingénieurs-citoyens, capable de dialoguer avec une diversité d'acteurs et d'intégrer les impacts globaux de ses décisions apparaît aujourd'hui comme une priorité.
Ces ambitions s'inscrivent dans un contexte territorial exigeant. Première région industrielle de France, l'Auvergne-Rhône-Alpes doit répondre à des besoins croissants en compétences d'ingénierie. Catherine Straon, Vice-présidente de la Région, l'a exprimé clairement : « La Région Auvergne-Rhône-Alpes a pris la mesure des investissements à réaliser pour garantir notre souveraineté économique. Elle est liée à notre capacité à engager une véritable transition énergétique et à investir dans les compétences de nos jeunes qui sont le futur de nos entreprises. » .
Le Plan Région des Ingénieurs et des Techniciens engage 19 établissements dans une hausse de leurs effectifs, avec l'objectif de former jusqu'à 4 242 diplômés supplémentaires d'ici 2030-2031. Les quatre écoles du Collège d'ingénierie figurent parmi les premiers acteurs de cette dynamique, aux côtés de la Région, depuis 2023.
Susciter les vocations
Cette ambition de former davantage d'ingénieurs passe aussi par la capacité à élargir les viviers de recrutement et à susciter des vocations dès le lycée.
Une trentaine de lycées de la Région Auvergne-Rhône-Alpes présents ont assisté à des ateliers de médiation scientifique animés par La Rotonde et EbulliScience. Au programme : décrypter le fonctionnement du cerveau, questionner le vide dans l’espace ou encore comprendre l'intelligence artificielle.
Les élèves, de la seconde à la terminale, ont également eu l'occasion d'échanger directement avec des doctorants dont les sujets de thèse s'inscrivent dans des thématiques transversales de décarbonation.
Parmi les groupes scolaires présents, quatre représentaient des lycées encordés à Centrale Lyon dans le cadre de la Cordée CapINGÉ : Parc Chabrières à Oullins, René Cassin à Tarare, La Martinière Duchère à Lyon et Louis Aragon Picasso à Givors. Ce dispositif accompagne des lycéens de milieux peu représentés vers les formations d'ingénieurs, en cohérence avec les actions menées par Centrale Lyon en faveur de l'ouverture sociale.
Cyril Dion : remettre en question les modèles, pas seulement les pratiques
En clôture, l'écrivain et réalisateur engagé Cyril Dion a proposé de déplacer le regard — non plus seulement vers les solutions techniques, mais vers les imaginaires qui les précèdent.
« Les ingénieurs ont un rôle clé, mais tout dépend de la finalité qu'ils donnent à leur travail », a-t-il souligné, invitant à concevoir moins mais mieux, à prolonger plutôt que remplacer, à réduire les flux plutôt qu'à les optimiser à la marge.
Une invitation forte à repenser l'ingénierie d'aujourd'hui pour relever les défis de demain.