Trois chercheurs industriels japonais en thèse au LTDS

Le Laboratoire de Tribologie et Dynamique des Systèmes (LTDS) accueille actuellement trois chercheurs industriels japonais à l’École Centrale de Lyon. À la demande de leur employeur, ils préparent pendant trois ans un doctorat tout en restant salariés de leur entreprise.

Symboles de son attractivité et du rayonnement à l’international, des chercheurs industriels japonais désireux de poursuivre une thèse au LTDS, réputé pour ses équipements de pointe, sont régulièrement reçus à l’École Centrale de Lyon.

Parmi les trois doctorants accueillis, Takeshi Kunishima. Ce salarié de JTEKT Corporation, un équipementier automobile, est arrivé en juin dernier avec sa famille. Il est notamment encadré par Vincent Fridrici, maître de conférences en matériaux. L’entreprise de Takeshi Kunishima est numéro un mondial dans la fourniture de systèmes de direction assistée électrique. Takeshi Kunishima étudie la résistance à l’usure de certaines pièces dans les systèmes de direction assistée. L’objectif pour l’équipementier automobile est de concevoir des matériaux plus durables et plus légers. « Ce type d’échange est assez exceptionnel. L’équipe de tribologie du LTDS bénéficie d’une grande notoriété auprès des dirigeants de JTEKT », souligne Vincent Fridrici.

« Historiquement, le Japon était un pays assez peu ouvert sur l’extérieur du fait de son insularité et de son histoire. Les entreprises essaient à présent d’envoyer leurs chercheurs à l’étranger », analyse Julien Fontaine. Le chargé de recherche CNRS encadre la thèse de Ryoichi Hombo, salarié de Denso, un fabricant d’équipements pour l'industrie et le marché automobile. Originaire de Nagoya, il termine actuellement sa thèse en tribologie au Japon après un séjour de deux ans à l’École Centrale de Lyon. « Aujourd’hui, il y a une réelle volonté de la part des industriels japonais d’aller voir ce qui se fait ailleurs. Cela leur permet de se former à de nouvelles technologies et de se familiariser aux cultures étrangères », poursuit Julien Fontaine. La thèse de Ryoichi Hombo porte sur l’étude de couches minces lubrifiantes solides pour réduire le frottement et l’usure tout en restant de bons conducteurs électriques. Il devrait revenir soutenir sa thèse sur le campus d’Écully à l’automne prochain.

Au Japon, il est assez courant de reprendre des études quelques années après un premier poste, « soit pour progresser dans sa carrière professionnelle, soit pour acquérir plus de compétences », explique Julien Fontaine. Après son Master, Tadashi Oshio, originaire de Yokohama (près de Tokyo), a d’abord intégré JXTG Nippon Oil and Energy Corporation, avant de venir préparer une thèse en France. Il est arrivé à l’École Centrale de Lyon en octobre 2017. « JXTG est la plus grosse compagnie pétrolière japonaise, l’équivalent de Total en France. Nous avons 13 000 stations-service dans notre pays », indique Tadashi Oshio. Encadré par Clotilde Minfray, maître de conférences en sciences des matériaux, il prépare au LTDS une thèse ayant pour objet d’étudier les mécanismes de protection anti-usure d’additifs de lubrification à base de phosphore contenu dans des huiles lubrifiantes. « L’objectif pour JXTG est de comprendre le fonctionnement de l’additif afin d’améliorer les performances de leurs lubrifiants », analyse Clotilde Minfray.

Une collaboration de longue date avec le Japon

Par le passé, l’École Centrale de Lyon a accueilli plusieurs industriels japonais au LTDS : « Entre 2004 et 2006, deux personnes de la JAXA, l’agence spatiale japonaise, se sont formées sur un dispositif unique au monde : un tribomètre à environnement contrôlé, une machine capable de simuler l’environnement spatial. Cela permet par exemple d’étudier les frottements dans les satellites », explique Julien Fontaine.

Vincent Fridrici précise : « Nous avons accueilli, sur la période 2003-2014, des ingénieurs de l’entreprise japonaise IHI, qui ont travaillé sur l’amélioration de la résistance à l’usure de différents couples de matériaux, pour des applications aéronautiques et automobiles ». « Sur le plan académique, nous entretenons des liens étroits avec l’Université du Tohoku », ajoute Vincent Fridrici, qui organise ELyT School, l’école d’été franco-japonaise entre l’INSA de Lyon, l’École Centrale de Lyon et l’Université du Tohoku (Sendai, Japon).

Julien Fontaine est par ailleurs actuellement co-responsable du Laboratoire International Associé (LIA) « ELyT Global » entre le CNRS, l’Université de Lyon et l’Université du Tohoku, créé en 2017 et qui fait suite au précédent LIA « ELyT Lab » (2009-2016).