Catherine Larose, une microbiologiste à la conquête des terres reculées de l’Arctique

Catherine Larose

Presque tous les ans depuis 2007, Catherine Larose, chargée de recherche au CNRS rattachée au Laboratoire Ampère de l’École Centrale de Lyon, se rend en mission en Arctique pour y étudier les milieux froids et les communautés microbiennes. Sa prochaine mission est prévue pour le 15 mars. Direction l’île de Svalbard, à mi-chemin entre la Norvège et le Pôle Nord, pour un périple de six semaines.

« Nous allons d’abord traverser l’île en moto-neige pour prendre des mesures de l’épaisseur du manteau neigeux et accéder à des glaciers jamais mesurés et ensuite continuer les mesures à Ny-Ålesund, la ville la plus au nord du monde », explique la scientifique originaire de Montréal au Québec. Ce projet international est financé par le SIOS (Svalbard Integrated Arctic Earth Observing System) ainsi que par l’IPEV (Institut Paul Emile Victor).

Catherine Larose en Arctique

L’archipel de Svalbard, royaume de l’ours polaire, est situé dans l’océan Arctique. De nombreuses stations de recherche y sont implantées, notamment à Longyearbyen, le centre administratif. « C’est un milieu difficile d’accès. On va s’éloigner des bases de recherche et descendre jusqu’au sud avec un groupe de chercheurs internationaux composés de polonais, italiens et norvégiens », indique Catherine Larose. « C’est ce que je préfère dans ces missions : le travail en équipe avec des chercheurs de toutes les nationalités ! »

« L’Arctique n’est pas juste un gros congélateur ! »

Prélèvements Catherine Larose en Arctique

La chercheuse va prélever des carottes de glace et des échantillons de neige pour pouvoir étudier le comportement de minuscules micro-organismes unicellulaires. Ces êtres vivants sont constitués d'une cellule unique et survivent en conditions extrêmes. « On croit souvent que la neige est juste un gros congélateur, ce qui est faux ! Le manteau neigeux renferme beaucoup de micro-organismes, capables de modifier les cycles bio-géochimiques », explique Catherine Larose. « Ces micro-organismes interagissent comme dans une société humaine. Ils se font la guerre en permanence pour préserver leur territoire. On trace leurs interactions en regardant leur ADN », poursuit-elle. Cela fournit aux chercheurs des indications précieuses pour comprendre comment certains êtres vivants s’adaptent au réchauffement climatique. « On s’est ainsi rendu-compte que ces bactéries sont capables d’échanger des données entre elles, de se transférer des gènes en cas de besoin », explique la chercheuse, recrutée en 2013 à l’École Centrale de Lyon après avoir terminé un doctorat en sciences de la Terre, Univers et Environnement à l’université Joseph Fourier de Grenoble.

Paysage Arctique Catherine Larose

Catherine Larose s’est toujours passionnée pour les problématiques liées au climat et à la pollution des écosystèmes. Elle a d’abord effectué un Master à l’UQAM (université du Québec à Montréal) sur les effets de la pollution au mercure sur la santé des poissons et des écosystèmes. En 2006, elle rencontre des chercheurs français lors d’un congrès à Madison (Wisconsin, USA). Ils étudiaient alors le cycle du mercure en Arctique et en Antarctique et la façon dont cet élément chimique se retrouve dans les écosystèmes polaires, une thématique portée par Aurélien Dommergue. Catherine décide de poursuivre ses études en France. La jeune femme s’installe à Grenoble en 2007 pour y faire sa thèse. « J’ai étudié les interactions entre la composante chimique et biologique du manteau neigeux en Arctique. J’ai cherché à savoir pourquoi on retrouve des teneurs élevées en mercure dans des milieux reculés et comment les bactéries sont capables de transformer sa composition chimique », explique-t-elle. Ces recherches seront poursuivies dans les carottes de glaces aux côtés de Xavier Faïn à l’Université de Grenoble.

Pour cette nouvelle mission, deux étudiants en thèse de l’École centrale de Lyon rejoindront Catherine Larose sur l’île de Svalbard, Rose Layton et Benoit Bergk Pinto. Une mission essentielle pour comprendre l’adaptation, à travers le temps, des êtres vivants au changement climatique.