[Parcours d'ancien] Réinventer les standards pour s'adapter au marché indien

Alexandre Soria, diplômé de l'École Centrale de Lyon en 1995, a eu la chance de participer au projet KWID, la voiture ultra low cost du groupe Renault... Une « Success Story » made in India !

Diplômé en 1995 de Centrale Lyon et d'un DEA de génie logiciel, après son service militaire en tant que scientifique au CEA, Alexandre travaille pendant 3 ans dans l'intégration de systèmes de contrôles aériens pour Thales. En 2000, il rejoint le groupe Renault. Après 5 ans à la direction informatique, 3 ans dans l'ingénierie process mécanique et une première expatriation à Chennai en Inde, il devient chef du service de développement du logiciel embarqué de contrôle moteur à Lardy en 2009. Il est aujourd'hui chef de projet Alliance à la direction des systèmes, celle qui développe le véhicule du futur, autonome et connecté. Mais c'est aujourd'hui de son expérience en Inde pour le projet Kwid dont il nous parle.

Voici son témoignage :

Lorsque Renault m’a demandé de partir à Chennai, anciennement Madras, au sud-ouest de l'Inde, début 2012 pour rejoindre Gérard Detourbet, j’étais plus qu’enthousiaste. J’avais déjà vécu une première expérience indienne en 2008 lors du démarrage de l’usine, mais qui n’avait pu aboutir. Retourner en Inde, 4 ans après, c’était exaltant. C’est un pays totalement déroutant au premier abord, irritant parfois, mais extrêmement attachant et d’une richesse culturelle incroyable. Je suis parti avec femme et enfants, dont le dernier naitra là-bas et pour tous ce sera une formidable expérience humaine. « Incredible India ! » 

Le projet en lui-même était un défi considéré comme impossible à réaliser sur le papier. Logan, la première voiture low cost du groupe, avait été lancée en Inde dans la douleur : partenariat difficile avec Mahindra, manque d’adaptation au marché indien, mais le véhicule était surtout trop cher. Il fallait donc reproduire l’exercice, en divisant encore les coûts par deux ! Cet impératif a conduit l’équipe d’ingénierie mise en place spécialement à repartir d’une page blanche. Nous avons appliqué le Design to Cost sur chaque pièce, chaque process, pour ne garder que le strict nécessaire, tout en assurant les performances et le niveau de qualité exigés pour un véhicule de grande série. Il a fallu réinventer des standards, mettre en place des méthodes de travail spécifiques avec nos fournisseurs (KWID est localisé à 98%, un record), s’affranchir des règles habituelles.

Été 2015, l’accord de fabrication tant attendu ! Nous avons respecté le planning serré qui a permis au marketing de lancer le produit avant Diwali, la Fête des Lumières, période d’effervescence commerciale en Inde. L’accueil de la presse a été exceptionnel, le prix de vente est un coup de tonnerre : moins de 4000 Euros ! Pour ma part, en tant que responsable du contrôle et de la mise au point du moteur, je parviens à décrocher la meilleure consommation du marché, 25 km/l, ce qui est un critère de vente déterminant pour les indiens. Le succès est immédiat.

18 mois plus tard, plus de 150 000 Kwid parcourent les routes indiennes, mais aussi à l’export en Asie et en Afrique, entrant dans le top 10 des ventes mondiales du groupe. J'ai par la suite enrichi l’offre avec un moteur 1L plus puissant et une boite robotisée – « la meilleure et la plus abordable du marché ». Le modèle Nissan est sorti l'année dernière et cet été la version brésilienne de Kwid est lancée en Amérique du Sud. Je rentre en France avec la satisfaction du devoir accompli et la fierté d’avoir contribué à un projet unique, « a game changer », qui fera date dans l’histoire automobile.

Alexandre Soria