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Marc Givry... j'ai fait un rêve
J'ai rêvé que je passais devant un jury à l'Ecole Centrale de Lyon. Et à ce jury je disais : "Un homme qui lit va vers la lumière".
Mais la phrase n'était pas de moi. Je l'avais en fait piquée à Louis I. Kahn qui parlait de son projet pour la Exeter Library.
Au sens figuré bien sûr, un homme qui lit s'élève dans la connaissance, mais au sens propre aussi.
En effet, dans son projet, sur un plan carré, les circulations étaient au centre, les livres autour et les places de lecture le long des façades. De la sorte, un homme qui voulait lire, passait par le centre, prenait son livre et allait vers la lumière.
Dans mon rêve, je disais aussi :
Votre bâtiment a une belle géométrie : un carré parfait à l'étage qui s'appuie sur un carré parfait au rez-de-chaussée. Le carré parfait de l'étage vitré de la même manière sur ses quatre façades, offre de la sorte une grande qualité de lumière sur toute sa périphérie.
Sur ces bases, je vous propose quelque chose de très simple:
- réservons l'étage aux espaces ouverts au public et ne le cloisonnons pas
- affectons le rez-de-chaussée aux services devant être cloisonnés
- et pour passer de l'un à l'autre, créons une circulation au centre et faisons entrer un cercle dans le carré
Pour aménager l'étage, inspirons nous du logo de l'école. En effet ce logo représente un engrenage à 12 dents, avec au centre quelques éclairs qui symbolisent l'énergie (ou la lumière) et trois petites abeilles industrieuses.
Pour la bibliothèque cela vous donnera le tracé des rayonnages (bien sûr rayonnants), un peu d'énergie et de lumière au centre et aussi quelques bibliothécaires (bien sûr industrieuses). Car, chacun sait, qu'une bibliothèque sans bibliothécaires, cela ne saurait exister.
Au jury, j'avais dit aussi :
Dans une école (surtout d'ingénieurs), les bâtiments sont par eux même sans doute la meilleure et la moins coûteuse des pédagogies. Vous enseignez la technique, alors pourquoi la cacher ? Pourquoi mettre des faux plafond partout et se priver ainsi du plaisir de voir une poutre s'appuyer sur un poteau ?
Inspirons nous plutôt de l'art de l'ingénieur. Un ingénieur, quand il a un gros problème, il s'efforce de le décomposer en plus petits problèmes et il fabrique des systèmes. Par exemple, pour faire un avion, on fera un système de structure, un système de propulsion, un système de commandes...
Alors pour la bibliothèque faisons des « systèmes » (la structure, le chauffage, l'acoustique, le traitement de la lumière) et montrons les. Et ne traitons pas le mobilier comme un contrepoint lyrique, voire frivole à la froideur de la technique. En effet pourquoi vouloir cacher ce que l'on est, et ce qu'on enseigne.
En 2005 après ce rêve, et comme chacun sait, je me suis endormi.
En 2006, comme la belle au bois dormant je me suis réveillé.
Et j'ai trouvé la bibliothèque que j'avais un jour rêvée. Le cercle était rentré dans le carré. Et bien sûr le prince charmant était aussi passé par là (ou peut-être un ami de la sagesse, un ami du savoir, il me semble que l'on dit un philosophe...).
Et cet ami de la sagesse avait écrit : « je pense, donc j'invente ».
Cela m'a fait penser au Bernin, l'architecte de la colonnade de Saint Pierre à Rome, un génie du baroque qui disait :
« En architecture, on invente jamais rien, on se contente de copier. Mais si un besogneux ne peut copier qu'une idée à la fois, un talentueux en copiera deux et un génie trois. »
Je ne sais pas si ici, j'ai copié 3 idées. Je ne sais même pas si j'en ai copié 2.
Mais je suis sûr d'en avoir au moins copié une, celle de Louis I. Kahn qui disait : « Un homme qui lit va vers la lumière ».