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Pour célébrer le 100e anniversaire de la naissance de Paul-Émile Victor, dans le cadre de l'année polaire internationale et des festivités de son 150e anniversaire, l'Ecole centrale de Lyon a organisé une conférence sur le thème :
Paul-Émile Victor et les expéditions polaires :
le parcours d'un homme nous éclaire sur les enjeux de la planète
Elle s'est déroulée le vendredi 11 mai à 20 h 30, au cours de la semaine des "150 heures de l'Ecole centrale de Lyon"
Cette conférence était animée par Daphné Victor, fille de Paul-Émile Victor, en présence de Thierry Fournier, historien et biographe de Paul-Émile Victor et de Dominique Raynaud, directeur de recherche au CNRS (laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement de Grenoble).
Le discours d'accueil de Jacques Joseph, directeur des études de l'ECL
"L'Ecole Centrale a 150 ans cette année. Dans cette longue période, elle a formé environ 15 000 Ingénieurs, dont un peu moins de 10 000 sont encore en activité. Parmi ces 15 000 Centraliens de Lyon, la majorité exercent une activité que l'on qualifie de «métier d'ingénieur». C'est en réalité très réducteur. Ses diplômés ont toujours essaimé dans un large spectre d'activités. Ceci est dû en grande partie au projet pédagogique ..." Télécharger le discours
Le discours d'introduction de Lionel Soulhac, enseignant à l'ECL
"Paul-Emile Victor est un homme hors du commun mais au-delà de l'hommage que l'on peut rendre à ses exploits, j'ai été frappé, en préparant cette conférence, par l'éclectisme de son talent. Bien sûr il y a les "Expéditions Polaires Françaises missions Paul-Émile Victor", mais son engagement va bien au-delà de l'organisation d'expéditions scientifiques ..." Télécharger le discours
A méditer, une citation de Paul-Emile Victor :
« Ce n'est pas ce que nous sommes qui nous empêche de réaliser nos rêves. C'est ce que nous croyons que nous ne sommes pas. »
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Dominique Raynaud, directeur de recherche au CNRS (laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement de Grenoble), Daphné et Stéphane Victor, enfants de Paul-Emile Victor, sur l'exposition multimédia "Paul-Emile Victor et les expéditions polaires", dans la bibliothèque Michel Serres de l'Ecole centrale de Lyon
Une exposition multimédia "Paul-Emile Victor et les expéditions polaires" s'est tenue à la bibliothèque Michel Serres de l'École du 7 au 12 mai.
Paul-Émile Victor.
La simple évocation de ce nom est une invitation au voyage imaginaire à travers la banquise, les expéditions polaires, mais aussi les îles paradisiaques de l'archipel de Bora Bora. Et lorsqu'on l'interroge sur les centraliens de Lyon célèbres, quel diplômé de notre école n'a jamais répondu fièrement : Paul-Émile Victor, bien sûr !! La célébration du 100e anniversaire de la naissance de "PEV", comme le surnomment ses proches, est l'occasion de revenir sur le parcours exceptionnel de cet aventurier des pôles.
Paul-Émile Victor naît à Genève le 28 juin 1907. Il passe toute son enfance et son adolescence dans le Jura, à Saint-Claude, puis à Lons-le-Saunier. Sa vocation polaire remonte à son enfance et il orientera toutes ses études pour réaliser son rêve. Licencié ès Sciences, diplômé de l'Institut d'ethnologie de Paris, il passe également des certificats de licence ès Lettres. Il entre à l'École centrale de Lyon en 1925 et y effectue ses deux premières années avec plus de 15/20 de moyenne générale. Mais l'attrait du grand large est plus fort que tout et il quittera l'Ecole en 1928, avant même de passer ses examens finaux, pour intégrer - en tant qu'élève officier - l'École Nationale de la Marine Marchande, à Marseille. C'est là qu'il apprendra à naviguer.
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Paul Emile-Victor sur la photo de la promotion ECL 1928
En 1934 attaché au musée d'Ethnographie du Trocadéro de Paris, devenu depuis musée de l'Homme, il organise sa première expédition polaire. Avec Robert Gessain, Michel Pérez et Fred Matter, il est déposé par le Commandant Charcot, pour un an, sur la côte Est du Groenland, chez les Eskimo d'Angmassalik. En 1936, il traverse le désert de glace du Groenland (inlandsis) d'Ouest en Est, à pied et en traîneaux à chiens, en compagnie de Robert Gessain, Michel Perez et Eigil Knuth. Puis il hiverne une seconde fois, seul, adopté par une famille et vivant « comme un Eskimo parmi les Eskimos » pendant quatorze mois. Il rapporte de ses hivernages une ethnographie approfondie de cette population et toute une collection d'objets (environ 4.000 pièces) dont il fait don au musée de l'Homme. En février-mars 1938, il effectue avec Michel Perez et le lieutenant Jacques Flotard la traversée des Alpes en traîneaux à chiens, sur 230 km de Nice à Chamonix et démontre ainsi à l'armée française l'utilité de ce moyen de déplacement en montagne. En 1939, il fait un séjour d'études ethnologiques en Laponie avec les docteurs Michel et Raymond Latarjet. La même année, il est élu au Collège de France comme conférencier de la Fondation Loubat (antiquités américaines).
Au début de la guerre, il est nommé adjoint de l'Attaché naval de France pour les pays scandinaves. Il passe plusieurs mois en Finlande lors de la guerre finno-russe. Après l'armistice de 1940, il quitte la France pour tenter de rejoindre l'Angleterre et les Forces Françaises Libres du général de Gaulle. Mais après un séjour forcé au Maroc puis en Martinique, il arrive finalement en 1941 aux Etats-Unis, où il s'engage dans l'U.S. Air Force comme simple soldat. Il devient rapidement, du fait de son expérience d'avant-guerre, officier instructeur à l'école d'entraînement polaire, où il crée les escadrilles « Search and Rescue » (« Recherche et Sauvetage ») pour l'Alaska, le Canada et le Groenland. Pilote et parachutiste, d'abord chargé des techniques de parachutage polaire, il est ensuite envoyé en Alaska. Il y commande l'escadrille Search and Rescue basée à Nome, chargée de la recherche et du sauvetage des équipages aériens (américains et russes) perdus dans le Nord de l'Alaska et dans les îles Aléoutiennes. Il est ensuite parachutiste d'essai à Wright-Patterson Field et termine la guerre comme capitaine.
En 1947, il crée les "Expéditions Polaires Françaises (E.P.F.), missions Paul-Émile Victor", qu'il dirige jusqu'en 1976, date à laquelle il transmet ses responsabilités à ses collaborateurs : Jean Vaugelade, Gaston Rouillon, Robert Guillard, Christiane Gillet et le docteur Jean Rivolier. Il est, à partir de ce moment-là, directeur honoraire des E.P.F.
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Paul Emile Victor en 1968, sur le bateau polaire Thala Dan, en Antarctique, en route pour la terre Adélie.
Chef de l'Expédition Glaciologique Internationale au Groenland (EGIG), président du Scientific Committee on Antarctic Research (SCAR), secrétaire général des conférences antarctiques de 1955 et 1956, président du comité antarctique français pour l'Année Géophysique Internationale (AGI) entre 1956 et 1959, il a contribué à préparer la signature à Washington, le 1er décembre 1959, du Traité sur l'Antarctique. Ce traité, démilitarisant et « déterritorialisant » le continent antarctique pour quarante ans, a été reconduit pour cinquante ans en avril 1991 à Madrid, confirmant ainsi l'Antarctique comme une terre destinée exclusivement à la recherche scientifique.
À partir de 1962, il organise et dirige de multiples activités concernant la défense de l'Homme et de son environnement. Il collaborera avec Louis Armand jusqu'à la mort de ce dernier. En 1968, il devient délégué général de la Fondation pour la sauvegarde de la nature. En 1974, avec Alain Bombard, Jacques-Yves Cousteau et Haroun Tazieff, il crée le « Groupe Paul-Émile Victor pour la défense de l'Homme et de son environnement » auquel se joignent, entre autres, Jacqueline Auriol, le docteur Jacques Debat et le professeur Louis Leprince-Ringuet.
Paul-Émile Victor est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages scientifiques, techniques ou de vulgarisation. Il reçoit en 1973 le prix Jean Walter de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre littéraire.
En 1977, réalisant son second rêve d'adolescence - le premier étant les régions polaires -, il s'installe en Polynésie française, sur un îlot de Bora Bora, où il a souvent séjourné depuis 1958. Il écrit, dessine, peint. Proche de la nature, libéré des contraintes métropolitaines, attentif aux problèmes du monde, et notamment ceux qui concernent l'environnement, il reçoit de nombreux visiteurs. Pour fêter ses 80 ans, il retourne en terre Adélie en février 1987, puis se rend dans l'extrême Nord canadien et au pôle Nord avec l'expédition « Au pôle Nord en ULM » d'Hubert de Chavigny et Nicolas Hulot.
Le 7 mars 1995, à midi, Paul-Émile Victor s'éteint chez lui, sur son îlot. Le 13 mars, selon sa volonté, il est immergé depuis le croiseur Dumont d'Urville de la Marine nationale, au large de Bora Bora.
D'un premier mariage, avec Eliane Decrais, Paul-Émile Victor a eu trois enfants : Jean-Christophe, Daphné et Stéphane. Il épousera en secondes noces Colette Faure de la Vaulx, dont il aura un fils, Teva.
photo de Francis GIACOBETTI
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Ce texte est un article de la revue Technica des Centraliens de Lyon
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